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Conseil à mon frère citoyen ordinaire.
Par
Vital Muhanuzi.
Cher concitoyen,
Dans la frenesie de cette periode
electorale, tu es constamment soumis a des pressions de toutes sortes, toutes
menant à te forcer à voter pour quelqu’un ou un parti contre ta volonté et tes
intérêts. Toutes sortes de menaces sont assorties à ces pressions : tes
possessions, ta sécurité ou même ta vie sont évoquées. Tu es forcé à mal
utiliser, ou ne pas utiliser du tout, le seul instrument qui te donne un pouvoir
égal à celui du plus puissant tenant de pouvoir au Burundi : ton vote. Avec ton
vote tu peux décider qui sera ou ne sera pas en fonction, du président de la
république au conseiller de colline. Garde-le jalousement et ne laisse personne
y toucher. Tu es intimidé à tordre le précieux bénéfice de tes longues années de
souffrance et de lutte : la démocratie qui ouvre grandes les portes d’accès à
l’équité dans l’éducation, la justice et le progrès économique.
De cette torsion dans ton vote tu ne
gagneras rien. Au contraire tu perdras tous les espoirs de progrès que tu
nourrissais. Le bénéficiaire ne sera même pas la personne qui exerce
l’intimidation sur toi. Elle sera dans le même panier que toi. La torsion de la
démocratie à laquelle tu es poussé à
participer ne profitera qu’ à une infime minorité de commanditaires, qui de
leurs fauteuils moelleux et de leurs bureaux climatisés, organisent la vente
clandestine des produits et services qui leur sont confiés, le détournement des
de tes impots et des fonds originellement destinés à assurer tes besoins mais
qui n’arriveront jamais à ta destination, alors qu’avec tes impôts tu seras
obligé à payer une dette contractée en ton nom par des usurpateurs de pouvoir
qui ne t’offriront que mépris en échange de ton vote qui les aura hissés au
pouvoir.
En te pliant aux pressions et aux menaces,
tu crois que tu éviteras les dangers qui seront brandis dans ta face, alors que
tu donneras la tête baissée dans d’autres dangers, même plus insidieux. En fait, après avoir
remarqué que tu cèdes facilement aux menaces, ceux qui les utiliseront contre
toi en feront usage encore et encore sans fin, sachant qu’ils ont acquis un
ascendant sur toi. Tu croiras éviter la mort, pour t’exposer à une mort à petit
feu et plus douloureuse, dans l’indifférence la plus totale. Tu auras toi-même
contribué, par ton vote contre tes intérêts, à mettre sur pied le système qui
amènera inexorablement ta mort dans la privation la plus totale. Les
responsables de cette mort s’en défendront énergiquement et pointeront du doigt
d’autres boucs émissaires. Tu sauras qui est le vrai responsable mais tu seras
incapable d’y faire quoi que ce soit car tu auras, par ton vote contre ta
volonté, contribué à mettre sur pied le système qui défendra tes assassins.
Alors, mon frère, remplis ton esprit de
courage, brave l’intimidation et les menaces, et utilise ton vote pour défendre
tes intérêts. Tu es détenteur absolu du pouvoir de designer qui sera ton
serviteur dans cette entreprise. Il t’est
loisible de congédier quiconque a choisi de ne pas se soucier de tes besoins et
récompenser ceux parmi les candidats aux élections qui ont mérité et/ou qui sont
prometteurs. Assure-toi que la personne pour laquelle tu voteras se soucie de
tes intérêts. Ne te laisses pas endormir par les promesses, faites du bout des
lèvres par ceux qui t’exploitent, de correction des erreurs commises durant
l’exercice du pouvoir. Ils veulent que tu leur offres une opportunité de
continuer ce qu’ils ont déjà commencé. Ne leur offres pas cette chance gratuite.
Confie-toi plutôt à ceux qui ne t’ont pas encore trahi.
Quant à toi mon frère qui te fais
l’instrument de l’oppression, tu creuses ta propre tombe. Ceux qui te poussent à
forcer tes compatriotes à voter contre leur volonté et tes intérêts t’utilisent
dans l’édification d’un system qui t’écrasera en même temps que tes victimes.
Les quelques deniers que tu gagnes en menaçant, intimidant, maltraitant, ou même
commettant l’irréparable contre tes compatriotes seront vite consommés et tu
retomberas dans le même état de délabrement que tes victimes. Avec tes victimes
tu souffriras la même mort lente dans l’indifférence la plus totale de la part
de ceux qui t’auront poussé à sévir contre tes compatriotes. Les quelques
bénéfices que t’auront apporté la collusion avec les oppresseurs s’estomperont
rapidement et te laisseront dans le même délabrement que tes victimes que tu
t’efforceras vainement d’éviter pour ne pas faire face aux méfaits que tu auras
causés. Tes efforts d’éviter de voir la misère que tu auras causée seront vains
car tu y seras toi-même immergé.
Ta voie de salut se trouve dans le refus
des ordres iniques et auto-pénalisants que t’intiment les oppresseurs de tes
compatriotes et qui sont aussi tes oppresseurs. N’acceptes d’exécuter un ordre
que s’il établit, préserve et/ou amplifie tes intérêts. Gardes a l’esprit que
ces intérêts incluent ceux dont tu as le contrôle et ceux que tu partages tes
compatriotes et que tu ne peux défendre qu’en collaboration avec d’autres
personnes, y compris tes victimes.
Si ceux qui te poussent à sévir contre tes
compatriotes trouvent que les méfaits qu’ils te poussent à perpétrer sont si
vitaux, ils n’ont qu’à le faire eux-mêmes. Après tout ils en sont les seuls
bénéficiaires. Au moins ils pourront dire qu’ils auront gagné leur pain à la
sueur de leur front.
Ton intérêt à toi est d’œuvrer pour ce qui
te profite. Personne d’autre ne le fera pour toi, surtout pas les oppresseurs.
Dans cette quête pour ton bien-être, ne sois pas surpris de te retrouver dans le
même camp que les victimes que les oppresseurs te poussent à maltraiter. Vous
partagez en fait le même sort. Construisez votre avenir ensemble. Votre succès
sera atteint plus facilement et plus rapidement.
Fraternellement.